L’éternelle remise en question… 

Championnat Junior 2000
Lancement d'un championnat Junior en 2000 avec la participation du Peugeot Team et le duo Fred Béco et David Croes. Photo MSD/Jean-Claude Geboes

Flashback, 1999. Comme les courses sur circuit étaient entre les mains d’organisations professionnelles – Palmares puis Pitlane pour Procar ; Circuit Zolder avec Belcar – à la mi-1999 et sous mon impulsion, un premier Groupe de Travail Rallye a été constitué, avec les représentants des marques qui étaient d’une manière ou d’une autre impliqués dans le Championnat de Belgique de Rallye. L’objectif était d’essayer de revaloriser le championnat belge et de mieux comprendre les besoins de ces financeurs.

Quelques grandes lignes ont été tracées. À l’exemple du foot, on parlait désormais de la Division 1 (avant Championnat de Belgique des Rallyes Internationaux) et de la Division 2 (anciennement Championnat de Belgique des Rallyes National), qui évoquaient davantage l’imaginaire, et qui furent vite abrégées par tous en D1 et D2. Premier act c’était le lancement, avec de l’aide de Marc Van Dalen du Peugeot Team Belgium Luxembourg, d’un championnat Junior en 2000, offrant au vainqueur une saison dans une Peugeot 206 S1600. Et on parlait déjà à l’époque de la capture d’images…

Fin 1999 le Groupe de Travail Rallye a été constitué avec les représentants des marques qui étaient impliqués dans le Championnat de Belgique des Rallyes, et quelques grandes lignes ont été tracées pour la saison 2000. Extrait Turbo Magazine 2000

Trois ans plus tard, il s’est avéré que sous l’effet de la suppression de la publicité pour le tabac et des règles trop strictes de la FIA, la D1 – avec seulement Spa-Ypres-Condroz en tête d’affiche – souffrait d’anémie, tandis que la D2 prospérait de plus en plus : des rallyes d’une journée, des voitures qui n’étaient plus homologuées (le Groupe R(etro)) et des annexes régionales (avec une licence moins cher) assuraient un plateau ‘full’ et des organisateurs satisfaits. Les dirigeants du RACB de l’époque ont constaté l’exode de la D1 et le succès de la D2 et ont conclu qu’une sorte de « l’union fait la force » rassemblerait tout le monde dans un championnat unifié. Les organisateurs de la D2 ont été confrontés à un choix : rejoindre la D1 pour la saison 2004 ou descendre en division régionale. Hannuit, TAC, Sezoens et Haspengouw ont choisi le passage vers la « grande division » et la D1 se deroulait ainsi sur huit épreuves!

En 2001 on parle (déjà) de la D2, anciennement Championnat de Belgique des Rallyes National, et c’est William Devos, alors 44 ans, qui gagnait le titre au volant de la DMS Celica, devant David Sterckx et Jean-Marc Gaban. Foto Willy Weyens Rally World

Les participants ne suivaient toutefois pas le mouvement, en raison de la perte des avantages techniques et financiers précédemment cités. 50 voitures au départ était un coût fixe dans le championnat en 2004 et de nombreux organisateurs avaient du mal, voire n’arrivaient pas, à couvrir les frais. Le premier à baisser les bras fut donc Pierre Delettre. En 2005, la saison belge a démarré sans les Boucles de Spa. Un an plus tard, Hannut choisit de renoncer à un ticket national et de compter à nouveau pour le championnat ASAF. Avec 180 participants, Jacques Ravet et son équipe ont prouvé qu’ils avaient pris la bonne et la plus sage décision.

Il était clair que le succès des rallyes régionaux reposait sur une application plus flexible des règlements. Dany Colebunders, alors RACB Sport-rallye manager, comprenait où il fallait intervenir. Par la suite, en plus de la classe GT déjà lancée (difficilement) auparavant, les groupes M, S, R ont été créés, mais le ‘mayonaise’ n’a pas pris. À ce moment-là, j’étais (de nouveau) à la tête de RACB Sport et j’ai décidé, avec Dany, de rencontrer personnellement tous les organisateurs.

Afin d’attirer plus des candidats au championnat, les groupes GT – comme la Nissan de Chris Van Woensel -, M, S et R ont été créès. Photo Bart Severins

« Oh, mauvaises nouvelles de Bruxelles », entendais-je encore le regretté Jeff Steensels nous accueillir chez lui à Bocholt. « Non », l’avons-nous immédiatement rassuré. « Nous venons écouter quels sont vos problèmes et comment nous pouvons les résoudre. » Jeff n’y alla pas par quatre chemins et nous fit clairement comprendre que ‘den RACB’ avait commis une erreur en supprimant les annexes régionales. Pour les plus petites organisations, ces annexes représentaient un sponsor important ! Sans annexes, elles perdaient un revenu nécessaire : en effet, les pilotes régionaux ne prenaient pas de licence nationale (coûteuse) pour se produire une seule fois sur leur terrain local et ne pouvaient plus non plus rouler avec une licence VAS ou ASAF !

Special Stages - Jeff Steensels
Jeff Steensels a joué un rôle important dans la renaissance du championnat de rallye belge et non des moindres en assouplissant la réglementation, c’est-à-dire en autorisant les annexes régionales! Photo Johny Gaens

Nous avons pu convaincre Michel Jodogne, alors directeur général du RACB, de la nécessité des annexes et, après consultation avec Jeff et l’équipe Racing Team Moustache, il a été décidé d’organiser lors du Sezoensrally en 2005 une sorte de « test » : licence VAS, frais d’inscription réduits, moins de épreuves spéciale. À la grande satisfaction de tous les organisateurs impliqués, la naissance du RACB Rally Criterium a suivi en 2006, qui ne serait ouvert qu’aux détenteurs d’une licence RACB ou à une licence d’un jour RACB bon marché. Des critiques virulentes sont venues des régions – après tout, c’était les mêmes ‘clients’ qu’on visait, et avec à peine six participants, la première manche du RACB Rally Criterium lors de l’Ardenne Bleue Rallye n’a pas convaincu les sceptiques. Cela était en grande partie lié à la crainte (justifiée) des obstacles pour le contrôle technique plus strict du RACB et à beaucoup d’incrédulité quant au fait qu’une voiture conforme en VAS/ASAF pouvait effectivement participer à un rallye national… Lors du TAC Rally, il y avait déjà plus de candidats et lors du Rallye de Wallonie il y en avait pas moins de 40 voitures qui passaient le controle technique. The rest is history…

Sans la disparition de la D2 et la fusion en un grand championnat, un organisateur à la manière de Sezoens aurait peut-être eu plus de difficultés à accéder à la (alors) D1. En tant que nouvel organisateur, il fallait présenter des lettres de recommandation après avoir suivi une période d’apprentissage dans les championnats provinciaux/régionaux. Ainsi, les 12 Heures de Bocholt ont certes obtenu la reconnaissance nationale en 1986 après onze éditions provinciales/régionales, mais il a fallu attendre 1988 pour pouvoir concourir pour des points nationaux sous la bannière de Sezoensrally dans ce qui s’appelait alors le ‘Championnat de Belgique des Rally National’.

Tim Van Parijs – ici au Sezoensrally en 2003 – était le dernier champion en D2, puisque pour la saison 2004 “l’union fait la force” rassemblerait tout le monde dans un championnat unifié! Photo Juha Bos

À l’aide de questionnaires remplis par l’observateur et les commissaires sportifs – par exemple, un drapeau de la FIA était-il accroché sur le podium ? – les candidatures étaient évaluées, des points étaient attribués et, selon le principe de “l’ascenseur” les rallyes pouvaient aussi bien être rétrogradés (en D2) que promus (en D1). Une activité subjective. Ainsi, les 12 Heures de Tielt, plus tard TAC Rally, sont passées en 1986 du championnat « majeur » au championnat secondaire. Mauvaise organisation ? Non, l’organisation autour d’Ivan Viaene a été victime d’une inimitié entre quelques commissaires sportifs, ce qui a conduit à un rapport moins favorable et surtout à trop peu de points pour conserver le droit à ce qui allait plus tard s’appeler la Division 1. Même scénario pour le rallye Bianchi à l’époque. Le rapport belge a déjà fait  disparaître le classique wallon en ‘87 vers le championnat « mineur », alors que les rapporteurs de la FIA attribuaient sans aucun doute un coefficient 2 faisant que le Bianchi comptait en 1988 pour le championnat d’Europe! Dans la pratique, cela revenait à deux compétitions et deux classements – reminder des années plus tard une situation similaire à Ypres avec le Cats Rallye pour des voitures WRC/GT et Championnat d’Europe réservée aux S1600 en Groupe N! – avec le regretté Marc Soulet qui a remporté le soit disant ‘Européen’ et Thierry Reginster comme vainqueur ‘national’ au volant d’une Porsche (non, admise en ERC). Quoi qu’il en soit, la dégradation belge du Bianchi a permis au Rallye de Looi de passer cette année au ‘grand’ championnat, avec la victoire pour le duo Snijers-Colebunders.

Après la dégradation du Bianchi Rally vers le ‘petit’ championnat, le Rallye de Looi a été promu dans la ‘grande’ division et Snijers-Colebunders y ont remporté au volant de BMW M3 Prodrive la victoire devant leur public. Photo Willy Weyens

Et quoi dire de la ‘naissance’ de l’Ardenne Bleue Rallye?  En 2005, l’organisateur spadois décidait de ne plus intégrer le championnat de Belgique. Ce qui signifie que la saison nationale débutait sans les Boucles de Spa (plus tard Legend Boucles) ! Désireux de conserver dans la région de Spa et sur le circuit une manche d’ouverture du championnat de Belgique, le RACB, le Motor Club de Huy et le Circuit de Spa-Francorchamps parvenaient à mettre sur pied, en quelques petites semaines, l’Ardenne Bleue Rally, en remplacement de la classique hivernale. Le nom avait été choisi sous influence – et avec le soutien financier – de la Région, qui souhaitait promouvoir le tourisme (et les produits régionaux) de ladite ‘Ardenne Bleue’ (plus tard East Belgian Rally et RACE S.A. comme organisateur).

Mais plus de l’East Belgian Rally en 2009 : conséquence des pertes financières accumulées, RACE, co-organisateur des 24 Heures de Spa, ne pouvait plus se permettre cette organisation en rallye. Une fois prise la décision de ne plus organiser cette épreuve, RACE restait propriétaire du nom, mais j’avais compris que je pouvais me mettre à la recherche d’un possible repreneur…

Depuis 2010 c’est le Tieltse Automobielclub et l’AMC Sankt Vith qui sont garant pour l’organisation de l’East Belgian Rally, anciennement Ardenne Bleue Rallye. Photo BRC

J’avais entre-temps appris à mieux connaître Boudewijn Baertsoen, du TAC de Tielt, et j’avais remarqué qu’il savait y faire. Après un premier contact – aux Lakenhallen à Ypres – sans réponse négative à ma question, mais preuve d’un intérêt à reprendre l’affaire, s’en sont suivies de nombreuses réunions avec le Tieltse Automobielclub, le club local AMC Sankt Vith, les communes de l’Eifel et Karl-Heinz Lambertz, alors Ministre-Président de la Communauté germanophone, avec pour thème l’organisation en commun d’une huitième manche du championnat de Belgique. Avec le déplacement de l’Haspengouwrally en début d’année – les autorités locales laissaient juste la possibilité de mettre le rallye sur pied aux mois de décembre, janvier ou février – une trop longue période était à combler entre l’Omloop van Vlaanderen et le Rallye du Condroz. Et comme Boudewijn et les siens étaient forts occupés en avril et mai par la mise sur pied du TAC Rally, le choix a été unanime de repositionner l’East Belgian Rally les 8 et 9 octobre 2010, avec Saint-Vith comme point central de l’épreuve.

Koen Wijckmans – Membre RACB 1998-1999 / 2004-2010